Romain Duris c’est le mec cool par excellence. Le gars négligé mais qui reste irrésistible. Le mec aux relations foireuses mais qui ne rêve que de princesse. Celui à qui tout sourit mais qui continue de croire que le monde lui en veut. Il en a fait son fond de commerce. Il en déborde de temps en temps. Mais c’est dans ces types à l’appétit féminin insatiable, à la gueulante facile, au regard dur qui tue qu’il nous fait rêver. Le trentenaire dans toute la splendeur de sa crise.
La première fois où j’ai croisé son regard, c’était avec L’auberge espagnole de Klapisch. Espèce de jeune qui en veut et qui n’hésite pas à partir en erasmus à Barcelone. Laissant mère et petite amie (Audrey Tautou) derrière, c’est une ouverture sur les autres qui l’attend. Un tourbillon culturel européen dans lequel il se laisse happer. On le voit évoluer. Se tromper pour mieux rebondir. Un premier contact avec la liberté qui va bien vite l’enivrer pour mieux l’étourdir. Bref, un film léger, frais où l’on découvre un acteur bourré de talent. Explosif, gauche mais toujours vrai. Un acteur qui s’impose. Ce n’est bien sûr pas son premier rôle. Mais quelle allure. Quelle expressivité.
C’est dans Les poupées russes (suite de L’auberge espagnole et toujours de Klapisch) que je le retrouve. Il a grandi. Le film ne tourne autour de la découverte de l’autre mais sur l’amour. Et là, Duris est un cador. Arrivé a la trentaine, il ne sait plus bien où donner de la tête. Il multiplie les aventures. Presque toujours sans lendemain. Avec cette perpétuelle question, c’est quoi l’amour. Ou plutôt, qui. Il livre une interprétation sans faille. Enjouée. Jamais tâtonnante. Il fait évoluer son personnage. On le sent à l’aise. Tout en décontraction. Le tout lié par une réalisation époustouflante de Klapisch. Truffée de trouvailles plus incroyable le unes que les autres. Les poupées russes reste mon film de chevet.
Vient ensuite le plus sombre De battre mon coeur s’est arrêté d’Audiard. Où comment prendre soin de son père quand on est fils unique. Un Duris froid qui se découvre de minutes en minutes. Se débattant sans cesse. Poursuivi sans relâche par son destin. Un film plus dur que les Klapisch mais qui révèle une autre facette de Duris. Il peut aussi être un connard. Une merde finie. On est loin du tombeur libertin. On a à faire, ici, à une crapule de première. Mais il a toujours en réserve cette rêverie. Cette douceur. Celle qui lui laisse une chance de se rattraper. Celle qui l’acquitte. Qui fait qu’il n’est qu’humain après tout.
Mais Duris, c’est aussi de la pure fantaisie. Avec L’âge d’Homme de Raphaël Fejtö, tout n’est que légèreté. Un gars qui s’interroge sur l’engagement. De savoir si celle avec il partage se vie est bien la bonne. Si la vie ne vaut pas plus. Bref, un sujet plus que rabattu mais qui garde une certaine fraîcheur de réalisation et un duo Duris-Aïssa Maïga du tonnerre. Déjà aperçue dans Les poupées russes et Prête-moi ta main, elle confirme tout le bien qu’on pensait d’elle. Et un Duris drôle. Parfois too much. Mais toujours irrésistible.
Puis c’est un retour au source, puisque c’est avec Le péril jeune de Klapisch (encore et toujours), que je continue d’explorer sa filmographie. On le retrouve ici en étudiant je-m’-en-foutiste. Évoquant une jeunesse trouble. En proie à la musique psyché et aux drogues. On se plonge dans les souvenirs de lycée de 4 types. Ceux-ci se revoyant des années plus tard à l’hôpital parce que leur pote d’alors est décédé d’une overdose et que sa femme accouche. Toujours cette gravité empreinte d’insouciance.
On terminera avec Dans Paris de Christophe Honoré. Où Duris nous joue un coup de blues. Déprimé, c’est à Louis Garrel (Les chansons d’amours) qu’il laisse le soin de le ramener à la vie. Pouponné par un Guy Marchand, Duris nous la joue caleçon et vieux gilet. Tout de noir broyé. Un film sans but. Sans raisons particulières. Sinon de nous emmener dans son univers. Dans une histoire de frère. On complétera sa filmo par Tout le monde cherche son chat, Pas si grave, Exils, Arsène Lupin et Molière.
Romain Duris est un grand de sa génération. Un mec qui vous fait rêver. Un mec à qui l’on s’identifie pour le meilleur mais surtout pour le pire. C’est parce qu’il a cette touche de bonté que son allure de mauvais garçon ne nous effraie pas. Espèce de complexé au grand coeur. Même si ce rôle de grand couillon amoureux de lui colle à la peau, un peu aussi parce qu’il le cultive au travers de ses films, jamais il nous lasse. Il arrive à se réinventer. On en arrive presque à attendre certaines mimiques. Sorte de clins d’oeil. Vous l’aurez compris, j’en suis fan. C’est des acteurs comme lui qui font qu’on espère encore du cinèma français. De lui, de Louis Garrel, De Cécile de France, de Lorant Deutsch, de Mélanie Laurent, …
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